Il est communément admis que voyager « ouvre l’esprit ». Mais qu’est-ce que cette soit disant « ouverture d’esprit  » ? Si l’expression paraît banale, voire galvaudée, sa signification demeure plus actuelle et plus forte que jamais.

Celui qui a respiré, un temps, un air différent conserve pour toujours un intérêt pour la contrée visitée, et ce d’autant plus qu’il y a vécu des moments formidables et par conséquent inoubliables. Son attention sera immédiatement éveillée, irrésistiblement attirée lorsqu’il entendra parler de cet endroit, dans son entourage ou dans les médias.

L’information prend pour celui qui connait les lieux évoqués, qui a noué un rapport affectif, charnel avec eux, plus de sens, et peut-être son sens véritable.  Il en est du territoire étranger, proche ou lointain, comme de la région plus ou moins voisine soit-elle. La différence tiendra seulement au plus ou moins grand éloignement culturel, aux plus ou moins grandes dissemblances physionomiques entre les populations. Le voyage éveille la curiosité, suscite l’intérêt pour le monde qui nous entoure, stimule le désir d’apprendre et de comprendre.

Mais cette «ouverture d’esprit» ne se limite pas à l’univers extérieur ; elle s’applique aussi à notre environnement immédiat, quotidien, à notre monde propre : ayant été bien accueilli à l’étranger, ou désirant l’être, celui qui voyage traite avec beaucoup plus d’égard et de considération l’étranger en visite chez lui.

Le voyageur rencontre, apprend à connaître d’autres cultures, d’autres façons de vivre, constate l’existence d’autres valeurs, d’autres mœurs, d’autres façons de penser, produits d’une histoire de civilisations qui ont pu, à leur apogée, dépasser la sienne. Acquis à la tolérance, libéré des préventions et préjugés anciens, son esprit ouvert le préservera alors de la haine de l’autre, qui se nourrit de l’ignorance.

Le voyage n’incite-t-il pas également à apprendre d’autres langues, à enrichir son esprit ?

Que dire encore de ce qu’apporte le voyage dans des parties du monde économique moins développées, sinon sous développées. C’est une véritable leçon qui nous est donnée par ces gens qui vivent au jour le jour, dans des conditions à peine croyables à force de précarité, mais acceptant le sort qui leur est dévolu offrent un visage souriant et donnent malgré tout le sentiment d’être heureux. Ils sont confrontés quotidiennement à des problèmes que nous ne pouvons pas même imaginer et qui nous paraîtraient insurmontables.

En voyageant, on apprend à voir avec un regard différent, à reconsidérer, à relativiser nos « petits problèmes », nos petits malheurs. Ceux de notre monde développé sont ridicules aux regards de ceux qui nous ont été révélés en parcourant le monde. On se sent honteux de râler, de se mettre en colère, de s’apitoyer sur soi-même pour ce que qu’il faut bien considérer comme des broutilles. Que sont les petites contrariétés que nous subissons chaque jour à côté de ne pas savoir si l’on mangera demain ?

Le voyageur se rend compte qu’il y a moyen de considérer la vie avec beaucoup plus de recul, de sérénité, d’indulgence.

Ses problèmes ramenés à de plus justes proportions, sa vie pourra alors être considérablement allégée de soucis qui n’en sont pas, de problèmes qui n’en sont pas vraiment. Ne passe t-on pas le plus clair de son temps à nous gâcher la vie pour des problèmes que l’on redoute, alors même qu’ils ont de la chance de ne pas se manifester ? On se gâte la vie avant même qu’ils ne soient intervenus alors que cela n’influencera en rien le cours des choses. Pourquoi, dans ces conditions, ne pas profiter du temps qui nous sépare de la réalisation hypothétique dudit événement ?
Dans le cas où il n’interviendrait pas, on aurait eu raison d’en profiter, de jouir de la vie au lieu de se la pourrir. S’il se produisait, il serait toujours temps d’y faire face le moment venu et de se morfondre d’inquiétude.

Voilà ce qui nous donne à penser que le voyage entretient une jeunesse d’esprit, c’est-à-dire non seulement ouvre l’esprit, mais l’élargit, l’approfondit et l’élève.

Dans cet ordre d’idée mais exprimé avec infiniment de talent, laissons à Douglas MAC ARTHUR le soin de conclure :

« La jeunesse n’est pas une période de la vie, elle est état d’esprit, un effet de la volonté, de la qualité de l’imagination, une intensité émotive, une victoire du courage sur la timidité du goût de l’ouverture sur l’amour et le confort ».

« On ne devient pas vieux pour avoir un certain nombre d’années : on devient vieux parce qu’on a déserté son idéal. Les années rident la peau, renoncer à son idéal ride l’âme. Les préoccupations, les doutes, les craintes et les désespoirs sont les ennemis qui, lentement, nous font pencher vers la terre et devenir poussière avant la mort.

« Jeune est celui qui s’étonne et s’émerveille. Il demande, comme l’enfant insatiable ; et après ? Il défie les événements et trouve de la joie au jeu de la vie. »

« (…) Vous resterez jeune tant que vous resterez réceptifs. Réceptif à ce qui est beau, bon et grand. Réceptif aux messages de la nature ; de l’homme et de l’infini. »